Darios TOSSOU, ce photographe béninois qui veut avoir l'Afrique à ses pieds

Au fil du temps, il a bâti sa réputation. Il est devenu en l’espace de quelques années l’un des plus connus dans son domaine. Darios TOSSOU a d’ailleurs décroché en 2018 le prix du Meilleur Photographe au Festiflash. Pourtant, au départ, rien ne laissait présager que ce journaliste audiovisuel connaîtrait une belle destinée : il accroît sa popularité, décroche un contrat international, explore plusieurs dimensions photographiques, etc. Voici son histoire.

Voluncorp : Autrefois journaliste, tu t’es finalement lancé dans la photographie. Des raisons ?

Darios : C’est vrai, j’ai choisi la photographie. Pour autant, je n’ai pas abandonné ma plume, puisque mon art constitue une poésie visuelle. Elle porte toujours un message. J'ai plutôt laissé tomber le journalisme audiovisuel. Peut-être qu'un jour je vais le reprendre, mais pour l'instant la photographie m'est tombée dessus sans me prévenir, et entre nous c'est le grand amour. Je n'étais pas du tout préparé à devenir photographe professionnel, ce truc a commencé à marcher tout seul et je me suis dit « Tiens, je ne te lâche plus ! »

Voluncorp De l’audiovisuel à la photographie… on parie que tu as rencontré un obstacle.

Darios : Bien sûr ! Ma première difficulté ? Trouver du matériel pour travailler. Je n'avais pas les moyens d’acquérir un appareil photo professionnel, donc j'en ai prêté tout le temps. J'avais tellement rassuré mon père que je voulais finir journaliste que je ne pouvais plus lui demander de m'en acheter un. Encore que, pour beaucoup, la photographique reste un métier destiné aux personnes qui n'ont pas eu la tête à étudier à l’école.

Voluncorp Du coup, tes parents se sont opposés à ta nouvelle orientation ?

Darios : Non, ils ne s'y sont pas opposés puisque la photographie à vite commencé à porter ses fruits. Néanmoins, mon père insiste jusqu'à présent pour que je prenne mon diplôme (je vais peut-être m'y mettre un jour, rire). Sérieux, j'y pense. Mais un autre problème est survenu. Vous voulez savoir lequel ? J'ai perdu beaucoup d'amies parce que je devrais être un peu indulgent et faire des photos GRATUITEMENT comme ''ce n'est pas si difficile''.

Voluncorp Alors que ton but était de vendre tes photos…

Darios : En réalité, outre les photos qui devaient être gratuites selon les amies, j'ai eu du mal avec la manière dont je devrais vendre mon art. J’avais le choix entre différentes options : photographe de mode, paysagiste, portraitiste, etc. Beaucoup m'ont proposé de me trouver un registre, et c'est ainsi que je suis devenu photographe de mode. Seulement, je m’y suis un peu confiné et ne me suis pas assez exploré. Cependant, aujourd'hui, ça va ; je pense avoir le droit de visiter tous les domaines qui me plaisent, tous les sujets qui m'inspirent.

Voluncorp Face à ces difficultés, sur quoi t’es-tu appuyé ?

Darios : Ma foi en Dieu. Je crois fermement que c’est cette mission qu’il m’a confiée. Donc, je prie beaucoup. Ensuite, la persévérance dans le travail. J’ai confiance en moi-même et je cherche toujours à faire les choses de manière à être en harmonie avec mon âme, mon cœur et mon esprit. Je pense que les gens n'aiment pas quand on a trop confiance en soi. Peut-être que je ne vais pas réussir à aller là où je souhaite, mais je ne me fatigue jamais d'essayer.

Voluncorp Tu prêtes toujours des appareils photos ?

Darios : Dire que je n'en emprunte plus reviendrait à mentir à tous ceux qui aiment mon travail. On ne peut pas attendre d'avoir tout pour réaliser le miracle, sinon ce n'en est plus un. Je continue de prêter certains outils parce que je n'ai pas encore tout ce dont je rêve ; il y en a qui coûtent vraiment cher. Donc, pour des travaux, je demande à mes collègues, ou je loue. Cela dit, j'ai le minimum. J’en ai acheté au fur et à mesure que je gagnais de l’argent.

Voluncorp Ton plus gros objectif, c’est…

Darios : Devenir un des plus gros succès d’Afrique ! Je veux être dans le top 10, voire le top 5 des photographes les plus connus et les plus riches sur le continent. Je veux vendre mes tableaux à des centaines de millions d'euros ou de dollars, et être exposé dans les plus grandes galeries du monde. Je veux moi-même établir un système qui permettra aux photographes africains de vivre de leur art. Voilà, une petite partie du rêve. Évidemment, je ne peux pas dévoiler le processus, mais il est déjà enclenché. Et il y a Dieu dedans.

Voluncorp A propos de processus, en 2018 tu as été sacré meilleur photographe du Bénin au Festiflash. Ça te fait quoi ?

Darios : Je ne m’y attendais pas du tout, alors que j'ai travaillé pour cela depuis 5 ans. C'était mon objectif en début de carrière, et au bout de 4 ans je passais déjà à une autre étape. Honnêtement, je me disais que ce n’était pas évident. La preuve, j'étais en voyage de travail quand on m'a appelé pour me l’annoncer. Ça n'a l'air de rien, mais pour moi, je venais de boucler le cycle 1 de ma carrière. En 2019, je suis dans le cycle 2 avec de nouveaux objectifs. Je continue de travailler. Pour moi, c'est une grosse mission. Et Ishola Akpo, celui qui a remis le prix à mon représentant, l'a dit sans peut-être vraiment en mesurer la grandeur.

Voluncorp La signature avec MOA, tu nous en parles ?

Darios : Ah oui, la fameuse signature avec MOA (Made Of Africa). Résumons l’affaire : mon travail photographique a été découvert sur Internet par une dame. Elle voulait s’en servir. Par bonne foi, elle a voulu me contacter pour être sûr qu'elle en avait le droit. C'était l'arbre qui cachait la forêt ! Là, elle découvre ma galerie sur Facebook et sur Instagram. C’est comme ça qu'on a décidé d'aller loin : un contrat de représentation et de distribution de mes œuvres.

Voluncorp OK ! ça change quoi dans ta carrière et quelle est la durée du contrat ?

Darios : Trop curieux, MDR. Non, je ne souhaite pas donner plus de détails, mais ce contrat change beaucoup de choses. Par exemple, ma vision du monde s’est métamorphosée. Pour cause, celle qui m'a tendu la main n'est pas Béninoise. Pour dire vrai, je ne sais pas combien de Béninois m’ont appelé pour me dire « Darios, tu fais des choses magnifiques et tu mérites d’aller à l’extérieur. » C’est dommage. Plus important, je ne sais pas combien veulent vraiment me donner de force.

Voluncorp Ça, c’est un coup de gueule ! Et si… le contrat n’aboutissait pas ?

Darios : Même si c’était le cas, je continuerai de saluer la grandeur d'âme de cette dame et sa vision pour ma carrière, surtout son ambition pour les talents africains. M.O.A fait de la représentation de talents africains et je vois ses preuves avec d'autres artistes. C'est grâce à ce contrat que j'ai pu être exposé deux fois de suite hors du continent. Après, si rien n’avance, au moins, ç’aurait été un bon début. Des choses sont en train d'être préparées pour un artiste inconnu à l'international, il faut du temps. Le changement ne peut être radicale, soyons patient. Suis-je un paresseux ? Non, je ne crois pas. Du coup, j’ai confiance en l’avenir.

Voluncorp On parle des shoots de nudes ? Pourquoi cette branche de la photographie ?

Darios : J'ai toujours fait les nudes, juste que ne communiquais pas déçu. En fait, je peux faire une séance et décider de publier les photos deux ans plus tard. Il faut que je sois assez sûr de ce que je veux. Je n'ai pas besoin que quelque chose me pousse à passer à tel ou tel autre style. Je n'ai plus envie qu’on m’identifie à un registre unique. Je suis bon à tout faire et j'ai juste envie d'explorer tout ce qui m'inspire.

Voluncorp Comment choisis-tu tes modèles ?

Darios : I don't know, c'est le feeling. Il y a des corps qui me plaisent et d'autres pas. Bien que je puisse tirer le meilleur de tous. Ça ne s'explique pas.
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Et c’est par ces mots que prend fin l’entretien avec Darios TOSSOU, le photographe qui veut avoir le monde à ses pieds. Volontiers, Voluncorp lui souhaite d’atteindre ses objectifs.